• C’est lent, progressif, douloureux, destructeur,

    Ca commence le matin à 7h38, le jour se lève et le jour se lave,

    Le jour s’essuie et s’habille de nuages.

    Puis vient l’heure du petit déjeuner.

    Ce matin le jour a faim, il ne mange pas, il dévore, le jour s’épaissit.

    Dans son lit la nuit l’attend : caresses, bise du matin, prémices amoureux…

    Mais le jour a déjà fini son quart, il est en retard, il se dépêche, où oubliant presque la nuit qui s’est offerte à lui : après tout, des nuits, il y en a environ trois cent soixante-cinq jours par an et trente fois par mois ! Pourquoi devraient-elles être aussi belles les unes que les autres ? pensée chimérique !

    Un bruit de pêne  pour une montée de larmes qui rappelle que les jours se rassemblent et se ressemblent, alourdissant la peine éternelle et universelle que nous poursuit.

    Chaque journée est un espoir de voir le soleil monter plus haut, rayonner et vous rendre ces rayons qui vous reviennent de droit. Signer un tel consensus avec le jour pour vous apercevoir la nuit, que vos efforts sont vains, guidés par un destin dont on ne tient aucune ficelle.

    Cette attente interminable des jours meilleurs dont on ne peut prévoir l’éclosion tout en se contant cette vérité générale blasphémant que nuit et jour sont opposés, mais complémentaires…


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  • Leurs sourires, leurs joies, leurs fiertés, leurs regards, leur réussite, leurs yeux qui pétillent: toute cette normalité qui jaillit dans mon regard et flotte dans mon esprit...


    J'ai envie de pleurer, de m'effacer, d'être transparent, de disparaître tant cette vue m'accable: pourquoi eux oui, pourquoi moi non ??? Je ne comprends pas la nécessité de cacher ma vie ainsi, parfois j'ai honte de moi, souvent je ne fais pas pour plaire, ou plutôt pour ne pas déplaire, puis cela finit par me rendre triste et plein d'amertume.


    Je suis humain, j'ai un nez, une bouche, un visage, je suis un garçon, avec tous ses attributs biologiques. Cela fait 5 ans que je suis parti à plus de 300 kilomètres pour apprendre à assumer ce que je suis, mais aussi ce que j'ai envie d'être ensuite: un parcours chaotique semé d'embuches desquelles j'ai tiré un tempérament aguerri, froid et posé et un brillant parcours scolaire. J'ai au final appris que j'aimais les hommes, quoi de mal à cela si ce n'est les « qu'en dira-t-on? » ? ce sont pourtant eux qui gênent mes géniteurs...


    Pourtant, de quoi devrais-je avoir honte ? Pourquoi devrais-je me cacher ? Le risque de déplaire est une situation à laquelle je suis préparé depuis le jour où je l'ai annoncé. Pour moi cela n'a rien changé, je reste le garçon qui les a quitté en 2004, avec une tête remplie de plomb, de culture et de sociabilité. Je souffre de mon soudain changement de statut après mon coming-out.


    A chaque Noël, je suis seul, reclus à un coin de table et je me vois lancer des questions par mes grand-parents qui me frappent tel un poignard: « Tu n'as pas de copine ? », « Où habite-elle ? », « Que fait-elle ? », « Quand la voit-on ? », « Il ne manque plus que toi », …

    A chaque Noël, je dois mentir pour plaire à untel ou untel, pour qu'ils restent confortables dans leur pipeau, dans leur image, dans l'idée qu'ils ont de la normalité des choses, Alors je le fait et ils sont fiers de moi, fier de ma capacité à m'inventer une double vie qui conviendrait à chacun.


    Et moi dans tout ça ? Cela me fait mal, cela me détruit, cela me panique, cela me met mal à l'aise: la peur de la boulette, la peur que ma voix me trahisse, la peur que mon cerveau en ai marre de mentir, qu'il ne sache plus quoi inventer pour cacher l'avouable...


    Je ne veux plus me cacher, je veux qu'ils comprennent que je suis le même qu'avant, que mon seul problème est le sentiment d'être faux en permanence parce que je dois garder un secret trop lourd pour eux mais trop pesant pour moi. Cela m'éloignent d'eux et ils ne s'en rendent pas compte, aveuglés par ma maitrise du bobard, qui dans ce cas là, leur convient vraiment, mais qui dans d'autres cas, sont des motifs de reproches permanents.


    Il y a ce tour de table, enfant par enfant, copain par copine, fierté par fierté, certains passent même manifester leur filiation, d'autres sont justes évoqués et analysés comme des bienfaiteurs. Quant a moi, toujours en bout de table, j'observe, je me contente d'être heureux que mes frères et sœurs soient heureux, cela me remplit de joie, de perspective d'avoir une famille stable et solide.


    Sentiment non partagé, on ne me demande jamais comment vont mes amours, on est jamais heureux que ma vie aille bien, que mes études se déroulent avec succès et il ne me reste alors comme fierté que ce que j'ai réussi à construire seul toutes ces années, éloigné comme une maladie honteuse, la plupart du temps oublié et rappelé aux grandes occasions de réunions familiales pour être montré tel que je ne suis pas.


    Pensent-ils à moi ? J'ai du mal à m'en rendre compte, je vois qu'ils pensent beaucoup à la vie qu'ils ont crée depuis mon départ, celle où je n'ai qu'une faible participation. Je suis souvent le dernier informé des évènements: familiaux, voyages, équipement, parfois je découvre même des choses quand je suis de retour au foyer familial...

    Je me sens loin de tout ça et mon esprit s'égare vers l'ailleurs, vers mon avenir, sans eux et ce constat m'attriste car le sentiment familial est très important à mes yeux. Je n'ai jamais senti de fierté pour moi de leur part, et j'ai appris à vivre sans, mais son absence récurrente commence à laisser des traces indélébiles, Je m'isole et personne ne s'en rend compte puisqu'à leurs yeux, je n'existe quasi plus.


    Ils voient ma vie comme lointaine, comme un univers de perversion, où tout le monde couche avec tout le monde: ma vie est aussi banale que la leur, seul le sexe de mon partenaire a changé. Devant cette barrière, mon orgueil l'emporte et leur aval vient à m'indifférer. Seule la honte qu'ils me consacre m'empare, me blesse et je me sens alors exclu du chemin du bonheur.


    Pourraient-ils seulement percevoir l'amour et l'admiration que je leur voue ? Non, ils voient cet orgueil comme un affront. Il n'est en réalité qu'une nécessité pour ne pas sombrer et faire comme beaucoup d'autres lâchement: se supprimer. Je dois admettre que pour la plupart, je le comprends.


    Pourquoi les revoir ? Pour sentir en permanence la honte qu'ils ont de moi ? Pour qu'on me dise une nouvelle fois que leurs responsabilités professionnelles sont plus importantes que leur amour pour leur propre enfant ? Par moment, je me dis que disparaître ferait leur bonheur...


    Seulement, j'aime la vie, et mon partenaire plus que tout et je suis désormais prêt à disparaître de leur vie si la honte venait à être trop lourde. Je rêve du jour où j'en parlerais et où ils en parleraient sans que le mur de glace vienne brouiller nos relations familiales.


    L'ange de l'Amour m'aura finalement donné les ailes du courage: ils souffriront, mais j'ai assez souffert pour leur plaire. Je les ai pardonné, ils me pardonneront...

     


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  • Pensées
    Ecoutez-le, je l'entends rire à des kilomètres à la ronde, encore et toujours. Je l'entends se plaindre et se pavaner devant cette "pitié" qu'on veut bien lui accorder. Il y a quelques mois, rien ne préfigurait un tel constat.

    Et puis, ils y a ces yeux qui me dévastent, ce regard malicieux et ces fossettes adidas qui m'attirent toujours, me repoussent tel un album de Mylène: je suis vide de ressentir la moindre chose, je veux sans vouloir, je peux sans pouvoir, je veux sans pouvoir. Ô laisse-toi le temps de savoir où en est ta vie, où en sont tes projets, tes envies, ton futur...

    Alourdi par l'ignorance grandissante, l'âme vagabonde se laisse aller vers quelques gouttes d'ethanol, puis quelques tâches d'encre brèves sur du papier.

    La création sera mon Messie, créer, créer perpétuellement, pour ne pas mourir: mourir d'ennui, de solitude, d'amour, d'affection. Naître artistiquement pour ne pas être découvert et s'entendre dire que l'on est doué.

    Quel plaisir prendre de ce compliment ?

    C'est tellement joli de vivre avec pour unique envie: jouir, jouir ne serait-ce que deux secondes, d'avoir oeuvré des minutes, des heures, des jours, des mois, des années, du simple fait d'avoir caché cette misère intérieure qui rend le sourire à autrui...

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  • Quarante-cinq minutes de train, à travers ce qui devient, au fur et à mesure que le temps passe,de plus en plus herbeux, de plus en plus campagnard, de plus en plus badant...


    Je suis là, assis à côté d'un vieil alcoolo qui ne sait même plus à quel arrêt il doit descendre. La nature, peu avantageuse à son égard, l'a pourvu d'un menton aux traits typés albanais, et aux poils gris hirsutes d'environ deux centimètres de longueur, probablement laissés en jachère pour cause de pénurie d'after-shave. Ainsi, les quelques pièces noiraudes qui gisent bruyamment dans le creux de sa main ne serviront donc pas à acheter ce même type d'alcool bon marché.

    Dailleurs, il dégage l'odeur nauséabonde d'un putois venant de prendre son bain, dans la friteuse du kebab, en face du Mc Donald où je viens de me restaurer*, le tout, mélangé à de la choucroute en boite, from Pologne...

    En face de moi, se trouve un vieillard, tout de orange vêtu, mais alors, du genre pétant ! il tient devant lui un téléphone portable préhistorique, tel un Talkie Walkie, et son enthousiasme laisse deviner qu'il vient tout juste d'en faire l'acquisition.

    C'est sûrement un homosexuel frustré, fier de sa transaction à la braderie du coin.
    Ce que je ne savais pas encore à ce moment, c'est que moi, comme tous les autres passagers, allions en profiter également: il découvre tout au long du chemin qu'un téléphone, ça sonne ! fier de cette découverte, il va jusqu'à faire le constat qu'il peut également "changer" cette sonnerie. Le tout pour le plus grand plaisir des voyageurs... personnellement, je suis ravi: je voyage en musique. Un seul "hic", en musique polyphonique. L'air de rien, papy aura montré à tout le monde, que le portable a beaucoup évolué en trente ans. Je me crois alors à l'intérieur du premier musée amovible de France: le train Lille-Arras en 1h05 !...

    En face de lui, il y a une vieille, qui ne semble en aucun cas l'intéresser: hum, comment expliquer?

    Un mélange de Miou-Miou, Danièlle Evenou, Lova Moore, sans les roberts et Loana: pourquoi??

    Miou-Miou, pour le coté "j'envoi chier tout le monde, je vous emmerde, je suis célèbre", en plus elle lui ressemble...

    Danièle Evenou, pour son côté Marie Pervenche: pour son intelligence qui ne se manifeste que par courts efforts de concentration, (brèves périodes), indiquant que parfois, la vieillesse fait des ravages..

    Lova Moore, pour son côté proprette entretenue, par Ken Roger, pour qu'elle reste madame gros nénés, madame "je montre mes seins, et je crois que ça marchera encore, malgré l'aspect faux-plis". Pour cette vioc ci, je dois admettre qu'il manquait un peu d'oeufs sur le plat.(voir beaucoup)

    Enfin,
    Loana, pour le côté "je veux faire jeune, mais ça ne me va pas: si je savais chanter, j'essayerais, mais je suis tellement triste dans ma vie, que je prends de la drogue, et que je fais la belle".

    Arrivée en Gare d'Arras...

    Un comité d'accueil m'attend: c'est bien simple,il y a:
    le chef de gare
    et...


    MOI !


    Flatté de cet accueil, limite tapis rouge, je le salue à la Robert Hossein, en me disant qu'au moins, j'aurais égayé sa dure journée de travail.

    Puis je marche les environ dix minutes, qui me distancent de la gare à chez moi. Je pense à ce sentiment agréable et nouveau, que je ne peux mettre en mots, de peur de troubler son immense beauté: il me va, il est progressif, il est incontestablement présent mais ne s'engage à rien, il est caché mais se libère à petit feu vers un avenir, qui peut être proche, comme loin.

     Peu importe...

    Ca m'apporte mon adrénaline quotidienne, ça me permet de tenir et ça ne nécessite pas de mise à jour. Alors pourquoi encore me précipiter dans une pseudo-révélation, alors que je ne suis pas convaincu du bienfondé de ce concept ?
    Il y a ces mots pudiques qui résonnent, qui sonnent, au rythme progressif de la prophétesse Jenifer, qui résume tout dans un "yeah, yeah, yeah", (paroles d'ailleurs poussées, à l'extrême de leur signification.)

    Bon soyons clair, ce sentiment m'obcède dans ma caboche, intérieurement si pessimiste, et extérieurement si optimiste: je sais me taire enfin ! et surtout attendre!

    J'arrive, je salue ma petit vieille du fast-food, celle qui te prépare un mexicanos en vingt-cinq minutes, avec en option, "frites pas cuites et sandwich qui passe uniquement dans ton estomac, grace à la sauce dans laquelle elle noie généreusement le tout".
    Malgré tout, c'est ma petite comère à moi: elle me raconte tout ce que ses clients lui racontent !

    Mais dans une telle ville, je dois admettre qu'au moins, elle fait passer le temps...

    Bref, aujourd'hui, elle a du passer une sale journée! elle sourit et compte déjà sa caisse,visiblement amoindri par les vacances scolaires, alors qu'il n'est que 16h45 à ma tappante..

    J'avais pas dit ?

    Mon quartier ?
    un désert...
    Ma résidence ?
     un désert....
    Même Maryline, ma concierge radoteuse, s'est taillée avec son bichon, croisé avec un basset (horrible).

    Me voilà enfin chez moi, périple terminé, à moi la campagne! ça vous gagne!
    Je pense, je repense à tous ces bons moments, qui se solderont après de longues minutes par un nouveau "sentiment" de satisfaction: celui d'exister aux yeux de certains et de certaines.
    Peut-être que la pensée obcédante est contenue dans ce fait...

    La suite ? au prochain épisode...





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  • L'alphabet en action
    Le "A" porte,

    Le "B" casse,

    le "C" force,

    le "D" fonce,

    le "E" rase "I"

    le "F" aime Eride,

    le "G" hante,

    le "H" tique, (portugais)

    le "I" Boue,

    le "J" suit,

    le "K" fait,

    le "L" aime,

    le "M" rode,

    le "N" herre, gisant...

    le "O" boit,

    le "P" rit,

    le "Q" rit,

    le "R" mine,

    le "S" perd,

    le "T" tue,

    le "U" perd,

    le "V" luxe,

    le "W" sait,

    le "X" mène,

    le "Y" aime scier,

    le "Z" peut, mais bien.

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